Chant. Poème. Pour le jour du shabbat.
Il est bien de célébrer IHVH-Adonaï,
de chanter ton nom, Suprême.
De rapporter au matin ton chérissement,
ton adhérence dans les nuits,
sur le luth, à la harpe, au murmure de la lyre.
Oui, tu me réjouis, IHVH-Adonaï, par ton œuvre;
je jubile au fait de tes
mains.
Qu'ils sont grands, tes faits, IHVH-Adonaï,
fort
profondes, tes pensées !
L'homme stupide ne le pénètre pas, le fou ne discerne pas cela :
à la floraison des criminels, comme de l'herbe,
tous les ouvriers de fraude croissent pour être exterminés à jamais.
Toi, altier, en pérennité, IHVH-Adonaï !
Oui, voici, tes ennemis, IHVH-Adonaï;
oui, voici, tes ennemis perdront ;
tous les ouvriers de la fraude se diviseront.
Tu exaltes ma corne comme celle des antilopes ;
je suis pétri d'huile luxuriante.
Mon œil regarde ceux qui me fixent ;
mon oreille entend ceux qui se lèvent contre moi, les malfaiteurs.
Le juste fleurit comme un dattier ;
il s'épanouit comme un cèdre du Lebanôn.
Plantés dans la maison de IHVH-Adonaï,
ils fleuriront sur les parvis de notre Elohîms.
Ils prospèrent dans la sénescence, pleins de sève et luxuriants,
pour le rapporter : Oui, il est droit, IHVH-Adonaï,
mon roc, sans forfait en lui !
Psaume 92
Victor Hugo
Les Contemplations - 1855
Ce que dit la bouche d’ombre (extrait)
Tout parle ; l'air qui passe et l'alcyon qui vogue,
Le brin d'herbe, la fleur, le
germe, l'élément.
T'imaginais-tu donc l'univers autrement ?
Crois-tu que Dieu, par qui la
forme sort du nombre,
Aurait fait à jamais sonner la forêt sombre,
L'orage, le torrent roulant
de noirs limons,
La mouche, le buisson, la ronce où croît la mûre,
Et qu'il n'aurait rien mis
dans l'éternel murmure ?
Crois-tu que l'eau du fleuve et les arbres des bois,
S'ils n'avaient rien à dire,
élèveraient la voix ?
Prends-tu le vent des mers pour un joueur de flûte ?
Crois-tu que l'océan, qui se
gonfle et qui lutte,
Serait content d'ouvrir sa gueule jour et nuit
Pour souffler dans le vide
une vapeur de bruit,
Et qu'il voudrait rugir, sous l'ouragan qui vole,
Si son rugissement n'était
une parole ?
Crois-tu que le tombeau, d'herbe et de nuit vêtu,
Ne soit rien qu'un silence ?
et te figures-tu
Que la création profonde, qui compose
Sa rumeur des frissons du lys
et de la rose,
De la foudre, des flots, des souffles du ciel bleu,
Ne sait ce qu'elle dit quand
elle parle à Dieu ?
Crois-tu qu'elle ne soit qu'une langue épaissie ?
Crois-tu que la nature énorme
balbutie,
Et que Dieu se serait, dans son immensité,
Donné pour tout plaisir,
pendant l'éternité,
D'entendre bégayer une sourde-muette ?
Non, l'abîme est un prêtre et
l'ombre est un poète ;
Non, tout est une voix et tout est un parfum ;
Tout dit dans l'infini
quelque chose à quelqu'un ;
Une pensée emplit le tumulte superbe.
Dieu n'a pas fait un bruit
sans y mêler le Verbe.
Tout, comme toi, gémit ou chante comme moi ;
Tout parle. Et maintenant,
homme, sais-tu pourquoi
Tout parle ? Écoute bien. C'est que vents, ondes, flammes
Arbres, roseaux, rochers,
tout vit !Tout est plein d'âmes.
Mon enfance
De Barbara
J'ai eu tort, je suis revenue
Dans cette ville loin perdue
Où j'avais passé mon enfance.
J'ai eu tort, j'ai voulu revoir
Le coteau où glissaient le soir
Bleus et gris ombres de silence,
Et je retrouvais comme avant
Longtemps après
Le coteau, l'arbre se dressant
Comme au passé.
J'ai marché les tempes brûlantes
Croyant étouffer sous mes pas
Les voies du passé qui nous hantent
Et reviennent sonner le glas
Et je me suis couchée sous l'arbre
Et c'étaient les mêmes odeurs
Et j'ai laissé couler mes pleurs
Mes pleurs.
J'ai mis mon dos nu à l'écorce
L'arbre m'a redonné des forces
Tout comme au temps de mon enfance
Et longtemps j'ai fermé les yeux
Je crois que j'ai prié un peu
Je retrouvais mon innocence
Avant que le soir ne se pose
J'ai voulu voir
Les maisons fleuries sous les roses
J'ai voulu voir
Le jardin où nos cris d'enfants
Jaillissaient comme source claire
Jean-Claude, Régine, et puis Jean
Tout redevenait comme hier.
Le parfum lourd des sauges rouges
Les dahlias fauves dans l'allée,
Le puits, tout, j'ai tout retrouvé
Hélas
La guerre nous avait jeté là
D'autres furent moins heureux, je crois
Au temps joli de leur enfance.
La guerre nous avait jeté là
Nous vivions comme hors la loi
Et j'aimais cela quand j'y pense.
Ou mes printemps, ou mes soleils
Ou mes folles années perdues
Ou mes quinze ans, ou mes merveilles
Que j'ai mal d'être revenue
Ou les noix fraîches de septembre
Et l'odeur des mûres écrasées
C'est fou, tout, j'ai tout retrouvé
Hélas
Il ne faut jamais revenir
Aux temps cachés des souvenirs
Du temps béni de son enfance
Car parmi tous les souvenirs
Ceux de l'enfance sont les pires.
Ceux de l'enfance nous déchirent
Oh ! Ma très chérie, oh ! Ma mère
Où êtes-vous donc aujourd'hui?
Vous dormez au chaud de la terre
Et moi je suis venue ici
Pour y retrouver votre rire
Vos colères et votre jeunesse
Et je suis seule avec ma détresse
Hélas
Pourquoi suis-je donc revenue ?
Et seule au détour de ces rues
J'ai froid, j'ai peur, le soir se penche
Pourquoi suis-je venue ici
Où mon passé me crucifie ?
Elle dort à jamais mon enfance.
Les Perles de Cristal
Désolée,
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La Solitude
Cette méditation de mes meilleurs jours est un cri d'admiration longtemps contenu qui m'échappa en apercevant le
bassin du lac Léman et l'amphithéâtre des Alpes, en y plongeant pour la centième fois mon regard du sommet du mont Jura.
J'étais seul ; je voyageais à pied dans ces montagnes. Je m'arrêtai dans un chalet, et j'y passai trois jours
dans une famille de bergers : j'aurais voulu y passer trois ans. Plus je montais, plus je voyais Dieu. La nature est, surtout pour moi, un temple dont le sanctuaire a besoin de silence et de
solitude. L'homme offusque l'homme ; il se place entre notre
œil et Dieu. Je comprends les solitaires. Ce sont des âmes qui ont l'oreille plus fine que les autres, qui entendent Dieu à travers ses œuvres, et qui ne veulent pas être interrompues dans leur
entretien.
Aussi voyez ! Tous les poètes se font une solitude dans leur âme, pour écouter Dieu.
Alphonse de Lamartine
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